Une coulure apparaît sur une surface verticale et devient le point de départ d’une réflexion sur le temps.
Dès qu’elle naît, elle tombe. Rien ne la dévie, rien ne l’arrête. Sa trajectoire est droite, comme celle du temps.
Mais elle ne tombe pas d’un coup. Sa propre matière résiste. Elle s’accroche au support, se tend, s’étire. Cette résistance ne change rien à l’issue : elle finira par atteindre le bas. Mais elle lui donne le temps d’exister, de prendre forme, de laisser une trace.
C’est la même chose pour une vie. Le temps nous tire, en ligne droite, sans détour. Ce qu’on appelle vivre, c’est cette résistance-là : les choses qui nous retiennent un peu, qui nous font nous étirer avant de tomber. Pas pour échapper à la chute, mais juste pour laisser une trace plus longue.
La coulure qui résiste le plus est aussi celle qui marque le plus la surface. Nous non plus, on ne résiste pas pour retarder la chute. On résiste pour exister un peu plus fort avant.
Finalement, la richesse d’une existence ne tient pas à la possibilité d’échapper à sa fin, mais la capacité de donner de l’épaisseur au temps qui nous est accordé.


